
Il est toujours louable pour les membres d’une corporation ou d’une institution de se montrer solidaires en toute circonstance. Mais, il est encore plus digne et loyal, derrière cette solidarité, que chacun s’enracine dans la vertu de la rigueur professionnelle.
Un juge ne saurait s’identifier à un homme politique en quête de popularité. Nul autre président d’une Cour Constitutionnelle dans le monde ne s’est montré friand des médias comme nous le constatons malheureusement avec la Présidente de notre Cour Constitutionnelle du Gabon. Une telle aventure attire incontestablement sur elle des regards indiscrets, même les plus critiques.
Un juge n’est non plus un boxeur pour qu’au moindre rappel de ses liens matrimoniaux avec la famille Bongo, il se gante de manière systématique pour descendre sur le ring. Il pèse sur lui une obligation de courtoisie envers les justiciables. Cette obligation a une contre partie en sa faveur que l’on qualifie d’outrage à Magistrat. Lorsqu’un juge manque à son obligation de courtoisie envers les justiciables, il n’y a plus de contre partie pénale qui vaille en sa faveur.
Un juge n’est pas un membre de l’Exécutif ou du Protocole d’Etat pour introduire un Vice-Président de la République ou un Premier Ministre au Cabinet du Chef de l’Etat, comme cela a été le cas au Maroc, alors que la Constitution impose la séparation des Pouvoirs Judiciaire et Exécutif. Il me paraît alors légitime que l’Opposition crie à la collusion entre la Présidente de la Cour Constitutionnelle et l’Exécutif.
Au nom de quel droit serait-elle admise à se retrouver à un tel endroit pour jouer un tel rôle? Au nom de quel code serait-elle autorisée à communiquer sur la santé d’un Chef d’Etat, rassurant le peuple et garantissant même l’imminence de son retour, comme se le permet-elle dans certaines de ses interview au quotidien l’Union?
Qu’elle loi autorise la Présidente de la Cour Constitutionnelle du Gabon à gérer le pouvoir politique en cas d’indisponibilité temporaire du Chef de l’Etat?
Depuis plus de quatre mois, les journaux tels Jeune Afrique ou la Lettre du Continent martèlent que la Présidente de la Cour Constitutionnelle figure au nombre des personnalités qui dirigent le Gabon aujoird’hui dans l’ombre, sans qu’elle ne s’en émeuve. Plutôt que de menacer l’Opposition, elle gagnerait à ester en Justice contre cette presse pour diffamation.
Tout tend aujourd’hui à démontrer que la Présidente de la Cour Constitutionnelle du Gabon a posé sa toge et ses valises ouvertement dans l’arène politique. Elle ne devrait plus, en toute logique, se plaindre des charges et intrigues de ses adversaires politiques.
La solution pour elle réside dans un choix clairement opéré. Si par extraordinaire, elle serait tentée par une carrière politique, mieux vaudrait pour elle de raccrocher la toge. Dans le cas contraire, elle gagnerait à laisser la politique aux politiques. Elle ne pourrait durablement engager des actions politiques en se couvrant de la veste de juge.
Nestor BINGOU, Magistrat,
Ancien Procureur de la République
#FJ