
J’ai lu avec une attention toute particulière la communication de la Cour Constitutionnelle tendant à la mise en garde de tous ceux qu’elle accuse, à tort ou à raison, d’être animés d’intentions de destabilisation à son adresse et à celle de sa Présidente, Madame Marie Madeleine Mbourantso.
Cette communication, pour le moins que je dise, m’étonne à plus d’un titre
D’abord parce que le terrain d’expression d’un juge est loin d’être le plateau des chaînes de télévision ou de radio, encore moins les pages des journaux et les murs des réseaux sociaux. Un juge est un citoyen qui ne s’exprime que dans ses décisions de justice et nulle part ailleurs. En aucune façon, il sera autorisé à mener des campagnes médiatiques d’explication de ses dispositifs ou de ses discussions juridiques, car il n’a à convaincre personne de son bon Droit, ses décisions étant couvertes de la présomption du respect scupuleux de la loi, édicté par le serment du Magistrat, et les voies de recours judiciaires, voire politiques, ayant été définies à cet effet.
Ensuite parce que ce qui distingue un juge n’est ni le nombre de ses voitures de luxe, ni celui de ses villas somptueuses. Le juge se caractérise par son comportement et la qualité de ses décisions de Justice.
Lorsque les critiques des justiciables se font de plus en plus virulentes contre un juge ou ses décisions de justice, l’attitude honorable à afficher ne me semble pas être de s’inscrire dans une démarche politicienne de victimisation, en se fendant des communications d’une épaisse densité scientifique, mais plutôt, comme le commande la noblesse de sa profession, d’adopter une posture intellectuelle de remise en cause permettant la réalisation d’un saut qualitatif dans l’exercise de ses fonctions.
L’obstination à se complaire dans une auto satisfaction de ses prouesses professionnelles sonne comme un refus déploration d’accéder à la lumière des réalités juridiques, alors qu’en toute chose, nous devons rechercher la lumière.
Le dicton populaire” il n’y a pas de fumée sans feu” devrait inviter les Sages de la Cour à s’assurer que dans l’exercice de leurs fonctions, ils ne se sont pas affranchis de l’interdiction qui leur est faite d’aller loin, voire trop loin, des frontières de la loi et de l’éthique du juge.
Je partage profondément le dessein de la Cour d’amener le citoyen gabonais à placer sa foi et sa confiance en des institutions de son pays. Mais cela ne se fera, à mon humble avis, que dans une dynamique nationale de respect réciproque des règles de jeu communément établies
Nestor BINGOU, Magistrat,
Ancien Procureur de la République
#FJ